Segal : pop art en clair-obscur
Avec ses sculptures en forme de tranches de vie, George Segal (1924-2000) dépeint la marge et la solitude dans la société américaine d’après-guerre.

George Segal, 1998













L’artiste new-yorkais George Segal est généralement associé au mouvement pop art, qui a pris son essor aux États-Unis à la fin des années cinquante en réaction à l’expressionnisme abstrait (Pollock, de Kooning, Rothko…), jugé rigide et prétentieux.
Les pop artists s’emploient à créer des images marquantes avec des objets du quotidien et des références à la société de consommation.
Pendant que Warhol travaille sur les produits de masse et les portraits de stars, Segal se concentre sur la classe ouvrière.
Pas d’ironie ou de couleurs vives dans ses œuvres, plutôt un réalisme brut, des ombres poignantes, une angoisse muette. Il a notamment créé The Holocaust (1982) pour le musée juif de New York, et Gay Liberation (1992), à Christopher Park, qui commémore les émeutes de Stonewall.
Segal est surtout connu pour ses tableaux vivants, grandeur nature, qui représentent des gens ordinaires faisant des choses ordinaires. Des tranches de vie parfois tragiques, souvent mélancoliques.
Des moulages en plâtre monochromes, souvent blancs, qu’il a réalisés en plongeant des bandages médicaux dans du plâtre et en les appliquant sur des modèles vivants, sont placés dans des décors quotidiens : la salle de bains, le métro, la laverie…
Des objets véritables sont intégrés aux installations, ce qui efface un peu la frontière entre l’œuvre d’art et la réalité, et peut donner au spectateur l’impression de s’observer lui-même.
Mur de graffitis (notre photo) est exposée au Musée des beaux-arts de Montréal (Canada). Trois hommes se trouvent devant un mur, soucieux et désœuvrés, côte à côte mais seuls.
Le travail sur les ombres, le gris-blanc fantomatique et le flou des visages renforcent la sensation d’isolement, de lassitude et d’anonymat qui s’en dégage. L’œuvre traduit l’intérêt de Segal pour les citoyens new-yorkais de seconde zone et semble illustrer la difficulté des relations humaines.
Elle rappelle certains peintres réalistes : Hopper et ses personnages perdus dans la grande ville, ou Millet et ses figures paysannes en clair-obscur.
Laure Sauvage