Melipona, l’abeille maya
L’abeille Melipona beecheii, vénérée par les civilisations pré-colombiennes et délaissée depuis la colonisation, connaît aujourd’hui un retour en grâce au Mexique.




Dans la famille des Apidés, je demande Melipona ! Cette abeille à miel se plaît sous les tropiques et se distingue de ses cousines européennes par son absence de dard.
Dans la ruche, pas d’alvéoles : les mélipones stockent le miel dans des loges irrégulières en forme de cylindres, faites d’un mélange de cire et de propolis, le cérumen.
Parmi la soixantaine d’espèces que compte le genre Melipona, la plus connue vient du Mexique. Elle s’appelle Melipona beecheii, ou abeille maya, ou Xunán kab — « grande dame du miel », en langue maya.
Bien avant les invasions européennes, les Mayas de la péninsule du Yucatán ont exploité et vénéré cette abeille paisible, résistante et sédentaire.
Son miel « au goût de ciel », très parfumé, était prisé en tant qu’aliment et pour soigner la peau, les yeux et la gorge. Il entrait dans la composition du balché, une liqueur sacrée permettant d’entrer en communication avec les dieux… comme Ah-Muzen-Cab, le dieu du miel et des abeilles. Quant à la cire, elle permettait de fabriquer les bougies du culte.
Pendant la période coloniale, le miel et la « cire de Campeche », comme on l’appelait alors, faisaient partie des principaux produits exportés.
Apis mellifera, beaucoup plus productive, est importée sur le continent américain au XVIIe siècle et plus de 80 % des colonies de Melipona beecheii disparaissent au fil du temps. La pratique de l’écobuage et du brûlis, puis la déforestation, ont contribué à l’hécatombe.
Mais la méliponiculture est en train de renaître dans la péninsule. Des villages, des écoles, des associations relancent l’apiculture traditionnelle. Leurs actions s’inscrivent dans la lutte des communautés mayas pour défendre leur territoire et sa biodiversité, leurs savoir-faire et leur culture.
Elles apportent un modèle de production durable aux familles d’apiculteurs : bien que les récoltes soient modestes, le miel maya se vend au prix fort grâce à ses qualités gustatives et à son succès en médecine naturelle, jamais démenti.
Laure Sauvage
Photo : gailhampshire from Cradley, Malvern, U.K / CC BY 2.0