Viticulture
Le lignage de Blois : un cépage ancestral renaît
Un collectif d’associations et de vignerons passionnés a créé les conditions de valorisation et de diffusion d’un cépage ancestral disparu.
Un collectif d’associations et de vignerons passionnés a créé les conditions de valorisation et de diffusion d’un cépage ancestral disparu.
Les vendanges 2024 des 80 pieds de lignage plantés aux Montils, près de Blois, le 4 avril, marqueront l’histoire du vignoble tourangeau avec le retour en cuve de cet oublié. Par son berceau, ce cépage tantôt « lignage de Blois » (Beaugency, 1427) ou « massé doux » en Touraine (Indre-et-Loire, 1808) est un authentique ligérien. Jadis assez courant, il a été emporté, comme d’autres, par le tsunami phylloxérique. Pourtant, durant des siècles, le lignage a ancré ses racines au cœur du Royaume de France, entre l’Orléanais et la Touraine, le Berry aussi. Cité à Blois comme « un des meilleurs cépages de la côte des Grouets » (Ampélographie française, 1857), ce rouge rare présente, selon François Bonhomme, président de l’Union pour les ressources génétiques du Centre-Val de Loire (URGC), « un intérêt historique et hédonique qui répond aux enjeux sociétaux et environnementaux actuels et futurs. Le lignage semble avoir souffert de l’humidité et nécessité de la chaleur et de l’ensoleillement. Ce qui fait de lui un cépage potentiellement très indiqué dans l’ère de réchauffement climatique en cours ». Selon le président de l’URGC, « la parcelle expérimentale des Montils est une représentation de la biodiversité viticole du territoire ». Ce n'est pas un hasard si ce renouveau s’opère chez les Puzelat, au Clos du Tue Bœuf, dans une ancienne friche où la jeune vigne va pousser au milieu d’un verger et de rangs d’asperges.
Proche du pinot noir
Le grand-père, le père, puis les fils Puzelat, Jean-Marie et Thierry, ont entretenu sur leur exploitation l’idée d’une biodiversité généreuse. Un concept ancien revenu au goût du jour et logiquement adopté par la nouvelle génération, Zoé et Louise, les filles de Thierry. « Mon père avait replanté une petite vigne de lignages achetés comme tels chez un pépiniériste. C’était en 1976 et en fin de saison, seule une vingtaine avait survécu ». Quand il s’est agi de relancer ce cépage rare, l’analyse génétique a révélé l’identité véritable, « c’était du gascon ». Finalement, c’est au centre de ressources biologiques de l’Inrae de Vassal-Montpellier que le lignage a été retrouvé par l’Association des vignerons des cépages rares de Berry-Sologne. « Il subsistait deux pieds virosés », raconte Thierry Puzelat, acteur central de ce projet animé par l’URGC*. Comme c’est la règle avant toute multiplication, les pieds de vigne ont alors entamé un parcours de quatre ans sous la houlette de l’IFV (Institut français de la vigne et du vin) pour aboutir à des plants sains greffés sur 3309. La vigne expérimentale des Montils (50 ares en 2025) est une première étape en vue d’une inscription au catalogue en 2026. Une seconde parcelle sera plantée en 2023 à la Closerie située dans la partie historique de Blois. Un troisième projet est en cours dans les côteaux vendômois. À l’automne 2024, les premières vinifications seront réalisées par l’IFV (classement en cuve temporaire). L’agrément des vignes-mères à greffons est attendu pour 2028 avec « classement en cuve définitif ». Dans un premier temps, les vins seront dégustés en mono-cépage afin de juger de ses qualités intrinsèques. À la question trottant dans la tête de tous les amateurs, à savoir quel est le profil gustatif du lignage ?, ses promoteurs évoquent une silhouette aromatique proche du pinot noir. « Nous nous attendons à un vin rouge léger et fruité », concluent-ils en croisant les doigts pour que ce revenant exprime aussi un débourrement tardif...
*40 000 euros de budget financé à 50 % par le conseil régional.
+ d'infos :
Lignage de Blois : quel profil ?
Baies noires bleutées, ovoïdes, à la chair ferme mais fondante et juteuse. Petites à moyennes avec une peau épaisse pruinée, elles forment des grappes petites, cylindriques, courtes, compactes. Cépage à débourrement tardif, il se plaît dans les sols argilo-calcaires drainants bien exposés. Port érigé, vigueur moyenne, petite production, à tailler court. Maturité similaire au pinot noir. Très sensible à l’oïdium, un peu moins au mildiou et au botrytis.