Essonne
Les agriculteurs se mobilisent à cause des routes trop étroites
Les agriculteurs de l'Essonne ont organisé une manifestation lundi 31 mars à l'aube. L'objectif était de démontrer la complexité de circulation sur un nouvel aménagement routier entre Itteville et Cerny.
Les agriculteurs de l'Essonne ont organisé une manifestation lundi 31 mars à l'aube. L'objectif était de démontrer la complexité de circulation sur un nouvel aménagement routier entre Itteville et Cerny.




Il est tout juste 7 heures, le soleil se lève en ce matin du lundi 31 mars dans l'Essonne. Une dizaine d'agriculteurs locaux s'installent sur la D 449, aussi connue sous le nom de Route de la Ferté-Alais, à cheval entre les communes de Itteville et Cerny. Ils circulent avec quelques véhicules dont deux moissonneuses, suffisamment pour bloquer totalement une portion d'environ 400 mètres, jusqu'à 8 h 30.
L'objectif est de démontrer les problèmes engendrés par le nouvel aménagement routier décidé par la communauté de communes du Val d'Essonne (CCVE). Il y a d'un côté celui d'Itteville, un trottoir qui sert de piste cyclable, et de l'autre, celui de Cerny, un trottoir aux normes pour les personnes à mobilité réduite (PMR). La chaussée se retrouve donc étroite. 6,17 mètres, mesurent les agriculteurs. Les trottoirs ont été installés il y a quelques jours et contiennent déjà plusieurs traces de pneus. Impossible donc pour une moissonneuse de croiser un bus ou un poids lourd sur cet axe, ce qui entraînerait de longues manœuvres et des embouteillages voire même augmenterait le risque d'accident. La moissonneuse de 3,49 mètres de large qui ouvre le cortège se retrouve d'ailleurs nez à nez avec un bus, qui est immobilisé jusqu'à la fin de l'action syndicale.
« Ici, ça passait avant, mais là, si nous ne pouvons pas monter sur le trottoir, nous nous retrouvons bloqués », décrit Cyril Charon, agriculteur à Itteville. Cette solution n'est pas non plus possible. Des bordures de défense ont commencé à être posées pour empêcher les véhicules d'empiéter sur les trottoirs avec deux intérêts : assurer la sécurité des usagers piétons et cyclistes, et protéger le sol dont le revêtement en Urbalith est adapté aux mobilités douces mais pas à la circulation d'engins agricoles. « Ils nous ont dit que c'était fragile donc nous avons demandé à ce qu'une bande du trottoir ne soit pas en Urbalith pour que l'on puisse circuler dessus lorsque nous croisons un autre véhicule », précise Thierry Desforges, agriculteur à Itteville et président de l'Union de l'Essonne. Mais ce serait impossible à cause des conditions imposées par le Parc naturel régional du Gâtinais français pour bénéficier d'une subvention.
De nombreuses contraintes
Selon l'Union de l'Essonne, la CCVE et le conseil départemental se renvoient la balle sur ces nombreuses contraintes. « Le président de la CCVE, Patrick Imbert, dit que les contraintes techniques sont imposées par le Département alors que le Département dit qu'il ne fait que financer les travaux mais qu'il n'impose pas les contraintes », explique Thierry Desforges pendant cette action syndicale. « Nous sommes des acteurs de l'économie en zone rurale. Nous entretenons l'espace public et nourrissons les habitants. Alors que les entraves se multiplient, nous avons besoin de circuler. Nous ne pouvons pas accepter que la requalification des entrées de villes gêne à ce point notre circulation », ajoute-t-il. Au total selon lui, au moins 1 000 engins agricoles utilisent ce tronçon à l'année, notamment pour se rendre à la coopérative agricole située à Baulne (Essonne).
Cela fait une dizaine d'années que le projet d'aménagement est en discussion. « Nous en parlions déjà au précédent mandat », explique Marie-Claire Chambaret, maire de Cerny depuis 2001, réélue une nouvelle fois en 2020. Celle qui est aussi vice-présidente de la CCVE et vice-présidente du Département — mais sur d'autres dossiers que la voirie — était la seule élue, avec son adjoint municipal Rémi Heude, venue à la rencontre des agriculteurs. « Ce sont des travaux d'une grande qualité mais qui demandent beaucoup de concertation », détaille-t-elle au sujet des aménagements. Concernant le secteur qui pose problème, « c'est dommage que cela empêche les agriculteurs de travailler », estime l'élue.
Un rendez-vous avec la CCVE
Le manque de communication pose problème selon les agriculteurs présents. « Sur les plans d'aménagement présentés, les bordures ne devaient être présentes que du côté de la piste cyclable. Nous n'avons jamais été informés qu'il y en aurait aussi du côté du trottoir PMR, donc nous avons été surpris de découvrir que les ouvriers avaient commencé à en poser des deux côtés », détaille le président de l'Union de l'Essonne. Les bordures étaient bien prévues dans le dossier de consultation des entreprises (DCE), mais pas dans les plans présents dans le bureau de chantier qui avaient été présentés aux agriculteurs.
Avec cette action, les agriculteurs ont obtenu un rendez-vous l'après-midi même avec Patrick Imbert et un représentant du Département. Les quatre agriculteurs présents, dont Thierry Desforges et Nicolas Galpin, président du syndicat local de Corbeil, ont pu partager leur problématique. « La CCVE, qui est maître d'ouvrage, nous a expliqué qu'ils étaient face à un mur de réglementation », raconte Thierry Desforges. « Le Cerema* a fait des recommandations sur la taille des trottoirs et les financeurs publics en ont fait des conditions sine qua non pour distribuer des subventions », détaille le président de l'Union de l'Essonne.
Plusieurs pistes ont été explorées durant cette réunion, mais répondre aux attentes des agriculteurs sur ce sujet nécessiterait une suspension des travaux et une modification du projet, ce qui engendrerait des coûts plus élevés. « La CCVE veut nous faire porter le chapeau en nous disant qui si ça coûte plus cher, c'est de notre faute », témoigne Thierry Desforges. « Quand on fait un investissement comme celui-ci, c'est pour que l'aménagement dure longtemps donc ils auraient pu prendre quelques années de plus pour faire les choses biens », estime-t-il. Le dénouement de ce chantier reste flou. Si les agriculteurs ne sont pas écoutés, ils pourraient se retrouver à faire de grands détours via la N20 pour aller vers Étampes (Essonne) ou en passant dans la commune de Ballancourt pour aller à la coopérative à Baulne. Une situation qui engendrerait une perte économique pour les exploitants.
Contacté, Patrick Imbert n'a pas pu se rendre disponible dans le temps imparti pour nous permettre d'intégrer ses réponses dans cet article.
*Le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement accompagne les territoires dans neuf champs d’action complémentaires : aménagement et développement des territoires ; ville et stratégies urbaines ; transition énergétique et climat ; environnement et ressources naturelles ; prévention des risques ; bien-être et réduction des nuisances ; mobilité et transport ; infrastructures de transport ; habitat et bâtiment.
Un projet de la CCVE
Le projet d'aménagement est porté par la communauté de communes du Val d'Essonne (CCVE) dans le cadre de sa politique de promotion touristique. Il concerne les communes de Baulne, de Cerny, de La Ferté-Alais et d'Itteville. Le coût total est de plus de 4 millions d'euros. Les objectifs et les enjeux sont multiples : assurer une continuité des liaisons cyclables et piétonnes existantes, mettre aux normes les arrêts de bus, gérer les eaux de pluie, créer du stationnement, enfouir les réseaux (basse et moyenne tension et télécommunications), remplacer l'éclairage public, assurer la qualité paysagère du projet. En moyenne, 5 000 à 10 000 véhicules circulent chaque jour sur cet axe.