Dans les champs, les travaux battent leur plein dans un contexte incertain
Les travaux dans les champs ont avancé à grands pas ces derniers jours grâce à une météo favorable. En cette période de réveil de la végétation, nous présentons un état des lieux des cultures en Île-de-France.
Les travaux dans les champs ont avancé à grands pas ces derniers jours grâce à une météo favorable. En cette période de réveil de la végétation, nous présentons un état des lieux des cultures en Île-de-France.


Avec dix jours consécutifs sans pluie, les travaux dans les champs ont pu rependre partout sur le territoire francilien. Une accalmie bienvenue pourtant loin de gommer les excès d'eau et leurs conséquences notamment sur l'enracinement et les structures de sol. Si le colza tire son épingle du jeu, les autres cultures sont très hétérogènes et présentent un retard de végétation important.
Val-d'Oise
Le colza redémarre correctement dans le Val-d'Oise grâce au retour d'une luminosité plus favorable. Densité et biomasse sont correctes et « les cultures sont ni trop ni pas assez développées », se félicite le conseiller technique du Cercle du Pays de France, Stéphane Boulet. Pour autant, le discours se nuance rapidement à l'évocation des blés et des escourgeons. Là, la situation est loin d'être bonne. « Les blés de début octobre arrivent quasiment au stade épi 1 cm et sont plutôt en bon état sur les bonnes structures. Pour ceux de fin octobre et novembre, on observe un retard de végétation important avec un état des structures de sol très dégradé. Les dix derniers jours secs ont refermé les sols en surface tandis que l'humidité est encore très importante en profondeur. Avec des systèmes racinaires superficiels, les cultures manquent déjà d'eau et d'oxygène », détaille le conseiller technique. Pour les escourgeons, culture très sensible aux excès d'eau, « de nombreuses parcelles sont jaunes et en mauvais état », souffle Stéphane Boulet.
Sur cette partie du territoire, les semis d'orge de printemps et de pois sont quasiment achevés, et les semis de betterave sont en cours dans des conditions malgré tout peu propices « sur des sols encore froids et peu ressuyés en profondeur ».
Yvelines
Dans le nord du département, les colzas, au stade D1, sont « relativement beaux malgré l'humidité », confirme le conseiller du Cercle de Bréval-Limay, Benoit Savalle, avant d'ajouter : « Nous avons observé quelques vols de charançons il y a une quinzaine de jours, les interventions sont en cours ». Pour ce qui est des blés et des orges, là aussi le constat est plus nuancé. Malgré ces dix derniers jours de sec qui ont permis d'assainir les parcelles, les cultures évoluent dans des structures de sols particulièrement dégradées qui impactent l'enracinement. Quelques parcelles ont d'ailleurs dû être retournées. Malgré tout, les apports d'azote effectués ou en cours portent bien et les désherbages d'automne ont bien fonctionné permettant aujourd'hui de constater une plaine plutôt propre. Côté semis, les orges de printemps sont semées à 80 %, les pois pour moitié et le lin pourrait débuter d'ici quelques jours.
Plus au sud dans le secteur de Houdan-Rambouillet, les colzas semés en août sont plutôt sains, ce qui n'est pas toujours le cas pour les semis de septembre qui ont mal levé et se relèvent moins bien des excès d'eau. Ces mêmes excès d'eau ont des effets délétères sur les blés. Arrivés au stade épi 1 cm, ceux de la plaine de Versailles sont plutôt beaux tandis que le constat est « mauvais voire catastrophique » du côté de Septeuil et de Rambouillet. « Les parcelles d'argile sont les plus impactées. On se demande tous les jours si on garde ou si on retourne », déplore le conseiller du Cercle Houdan-Rambouillet, Christophe Daullé. Avec une difficulté supplémentaire, sur ce secteur, l'orge de printemps n'est traditionnellement pas une réussite. Du côté des orges implantées à l'automne, les semis réalisés début octobre sont beaux malgré un état de salissement important et une végétation là aussi en retard de dix à quinze jours.
Dans le sud des Yvelines enfin, les colzas tirent aussi leur épingle du jeu malgré une forte humidité tandis que l'ensemble des autres cultures, et l'ensemble de la zone, souffre d'importants problèmes de structures de sol. Le territoire paye fortement plus d'un an de précipitations exceptionnelles et l'absence d'hiver et de froid sec. Les blés accusent jusqu'à quinze jours de retard « avec des problèmes importants d'enracinement et de terrain tassé », observe le conseiller du Cercle Dourdan-Limours, Thierry Mulot. Même constat sur les orges de printemps semées d'hiver, particulièrement sensibles aux sols froids et tassés. « Elles sont toutes en mauvais état », note le technicien. Les semis d'orge de printemps et de pois sont achevés sans qu'on ne puisse se prononcer sur l'évolution dans les semaines à venir, les sols n'ayant pas pu être travaillés correctement. Les semis de betterave sont en cours.
Essonne
Du côté de l'Essonne, le colza ne suscite pas d'inquiétude particulière mais ce sont bien, là aussi, les blés et les mauvaises structures de sols qui inquiètent. Dans les terres filtrantes du sud du département, la situation est correcte mais dans les parcelles plus limoneuses, les choses se compliquent. « Nous observons des pertes de pieds et des manques de densité qui conduisent à des destructions », affirme le conseiller d'Étampes-Méréville, Emmanuel Griard. La situation est complexe également pour les orges de printemps qui sont en cours de levée et ont subi de fortes précipitations (25-30 mm) il y a quinze jours. Là aussi des ressemis sont parfois nécessaires. S'agissant des semis de betterave en cours, ils se déroulent avec des préparations de sol compliquées, qui nécessitent souvent deux passages au lieu d'un. Une caractéristique de l'année qui plombent aussi le moral des exploitants tandis que les coûts de production restent à un niveau élevé.
Nord-Seine-et-Marne
Dans le nord Seine-et-Marne, « les biomasses sortie hiver sont relativement faibles dans les colzas mais le redémarrage a bien été initié pour cette culture et ils sont globalement dans une bonne dynamique de croissance. La pression charançon de la tige a été présente mais diminue ces derniers jours », note le conseiller grandes cultures du secteur à la chambre d'Agriculture, Maxime Grymonprez. La croissance des blés et des orges d’hiver est plus timide. Certaines parcelles de blé n’ont d’ailleurs pas passé l’automne en raison de l’importance de la pluviométrie. Concernant les semis de printemps (orges, protéagineux, betteraves et quelques parcelles de lin), ils sont en cours, voire quasi achevés.
Centre-Seine-et-Marne
Dans le centre de la Seine-et-Marne, « le retard de végétation du blé est de deux à trois semaines, selon le conseiller grandes cultures Frédéric Chevalier. Une situation qui s’explique par les conditions météorologiques et le décalage des dates de semis (essentiellement en novembre) ». Un gros manque de pieds est aussi à noter. Point positif, les parcelles sont propres au niveau des graminées, conséquence des semis tardifs et de programmes herbicides qui ont fonctionné, parfois un peu trop (phénomène de dépositionnement des produits avec les pluies). Des parcelles en terres limoneuses battantes — dans le secteur de Mormant notamment — ont dû être ressemées. D’autres parcelles ne sont pas belles visuellement, avec 20 % de perte de pieds et des difficultés de tallage. « La reprise de végétation est très lente alors qu’à ce jour il devrait y avoir 50 % des parcelles au stade épi 1 cm », ajoute Valentine Boullenger, conseillère grandes cultures du secteur centre-ouest.
Globalement le premier apport d’azote a été réalisé dans de bonnes conditions. Le second apport sur blé est en cours, pas forcément au bon stade mais certains préfèrent le réaliser alors que la météo est favorable. Le même constat est fait pour les orges d’hiver. Le colza présente de très belles levées et biomasses avec peu d’infestation de ravageurs grâce à la fraîcheur des températures. Seul un important vol de charançons s’est produit la semaine passée sur le centre-est du département, nécessitant un passage d’insecticides.
Si les semis d’orge de printemps ont débuté vers le 20 février, ils se sont étalés dans le temps, ayant été stoppés après les 35 mm de précipitations tombées le 25 février. Les premières parcelles lèvent bien.
Enfin, concernant les betteraves, les semis sont en cours sur des sols pas toujours bien ressuyés ou uniquement sur 10 cm. Les surfaces en protéagineux sont anecdotiques dans le secteur et en baisse après une année 2024 catastrophique. Seules les surfaces nécessaires pour la Pac et la BCAE 8 sont maintenues. Conséquence du matraquage des sols, la reprise est faible.
Sud-Seine-et-Marne
Dans le sud de la Seine-et-Marne, les blés arrivent à peine au stade épi 1 cm pour les plus avancés quand d’autres ont à peine décollé. En revanche, tous les seconds apports d’azote sont réalisés même si c’est un peu tôt. Les cultures de blé comme d’orge d’hiver sont saines. Grâce à des semis bien implantés, le stade 2e feuille est atteint pour les orges de printemps.
Quant aux betteraves, les semis ont été groupés sur une dizaine de jours.
Pour les premières parcelles semées de colzas, le nouveau conseiller grandes cultures de la chambre, Hugues Bergamini, constate « l’apparition des premières fleurs des variétés les plus précoces en mélange et globalement les cultures sont au stade boutons séparés ».
Après le cumul des pluies de ces derniers mois, les conséquences d’une sécheresse sont craintes, en particulier sur des cultures d'automne dont l'enracinement n'est pas optimal.