Peau d’âne, l’union du conte et de la vie
Le film de Jacques Demy, tourné en partie à Chambord, ressort dans une version restaurée.

« Mon enfant, on n’épouse jamais ses parents. » Si, si, souvenez-vous. L’air va vous revenir naturellement (non ? Alors, cliquez ici). C’est tellement fluide, la musique de Michel Legrand... si aérien, si léger ! Et pourtant, quel poids portent ces mots ! C’est un avertissement, une leçon de morale que la Fée des logis, jouée par Delphine Seyrig, donne à la princesse, incarnée par Catherine Deneuve, dans le film « Peau d’âne » de Jacques Demy. C’est aussi la révélation de la terrible réalité de l’inceste que véhicule le film.
Et voilà une des grandes prouesses du réalisateur : feindre la féérie... pour dire l’horreur. La réédition en DVD de la version restaurée de « Peau d’âne », sorti en 1975, permet de comprendre l’habileté du cinéaste pour réussir cette performance au-delà du scénario tiré du conte de Charles Perrault. En premier, les couleurs. Celles des crottes d’or de l’âne, des habits rouges du prince, des ciels sur la robe couleur du temps, etc. On avait déjà vu ça lors de la restauration des « Parapluies de Cherbourg », premier film de Jacques Demy, où les éclairages des devantures illuminaient les pavés noirs des rues de Normandie.
Ensuite, la musique, bien sûr. Michel Legrand et Jacques Demy avaient un telle complicité qu’il est difficile d’imaginer revoir équivalent aussi productif un jour. Enfin, la notion de cinéma total, chère à Jacques Demy. Pour lui, la vie est un studio de tournage et réciproquement. Il avait fait repeindre tout Rochefort pour y tourner « Les Demoiselles ». Là, il introduit un hélicoptère dans le château de Chambord. Grâce au cinéma, imbriquer le conte et la vie, c’était ça, le projet de Jacques Demy.